Le 30 Juin

Par Geneviève Hénault

On a déroulé la banderole. On s’y est attelées, devant la Préfecture. Seconde manifestation, les soignants s’opposent aux propositions de l’Etat Français qui – oui on y est – a oublié ses « héros » et tente de nous faire taire avec six milliards.

On s’y attendait. Plusieurs dates, dès le début du Ségur, étaient à noter dans les calepins : le 16 juin, le 30 juin, le 14 juillet. Des mardis pour exprimer la colère, mais surtout pour rappeler au Docteur Veran que l’hôpital public décharné, vidé de ses forces, à l’agonie, attend.

L’hôpital public attend un traitement, Docteur Veran.

L’hôpital public, le mien, ne peut plus accueillir son public. On dit à des patients : on ne peut pas vous recevoir. On leur dit : oui d’accord on a entendu votre souffrance, on a entendu vos idées suicidaires, on a entendu votre délire. On ne peut pas vous recevoir.

On n’a plus de psychiatres. On n’a plus de lits. On n’a plus assez d’infirmiers. On n’a plus de secrétaires dans les centre médico-psychologiques. On n’a plus assez d’ASH. On n’a plus de chef de pôle, non plus.

On a des directeurs. Des directeurs adjoints. Des assistantes de direction. Et des sous-directeurs. On a le directeur du GHT qui nous dit de prendre les patients. On a l’ARS qui nous dit de prendre les patients.

Les administrants savent quoi dire à ces idiots de médecins qui n’ont pas encore trouvé comment travailler avec un hôpital malade et qui en crève, de leurs décisions. Oui, il savent nous parler, et si jamais on n’entendait pas bien, il y a toujours la solution de la menace.

On a déroulé la banderole. On a attendu la foule du 16 juin. En vain. On aurait pu se compter, presque sur les doigts de dix mains. Des blouses, quelques slogans. On a attendu encore, personne n’est venu.

Quelques applaudissements ; la banderole du collectif, le haka des hospitaliers, les rosies sarthoises.

On a roulé la banderole. On est reparties, un peu perdues.

Nous sommes oubliés.

Où êtes-vous, les applaudisseurs de 20h ? Où êtes vous, les parents des autistes, les fils et filles de schizophrènes, les frères de bipolaires, les épouses de suicidaires ? Où êtes-vous, vous qui avez attendu des mois avant de voir un médecin ? Où êtes-vous, vous qui avez insulté la secrétaire parce qu’elle ne pouvait pas vous donner un rendez-vous ?

Avez-vous compris que l’hôpital crève ? Avez-vous entendu les hospitaliers ? Vous n’aurez plus, nous n’aurons plus d’hôpital demain. L’hôpital va crever, et vos applaudissements n’y auront rien changé.

Vous nous avez oubliés.