Courrier d’une enseignante spécialisée à Emmanuel Macron

Objet : Inquiétudes sur le financement de la psychiatrie

Monsieur le Président de la République

Je suis enseignante spécialisée et depuis quelques années, je travaille dans un hôpital de jour qui accueille des patients adolescents qui présentent des troubles autistiques. Nos jeunes gens bénéficient de prises en charges adaptées à leurs difficultés, d’une équipe pluridisciplinaire autour d’eux pour mieux les soigner, les accompagner, les entourer, eux et leurs familles.  La pluralité de nos fonctions et de nos approches permet un espace de réflexion dans la prise en charge globale des personnes accueillies et une attention particulière à leur bien-être et leur accompagnement.

Si je vous interpelle aujourd’hui, c’est que cet été, a été voté l’article 34 de la loi de financement de la sécurité sociale qui prévoit que la psychiatrie passe d’une dotation globale à une dotation par compartiments, qui fluctue selon certains critères dont la « file active ». Cette mesure menace notre établissement qui se verra moins doté que d’autres puisque les patients sont accueillis pour de nombreuses années. Dans notre établissement, nous recevons des jeunes gens de 14 à 24 ans qui restent chez nous pendant de nombreuses années et leur sortie vers un autre établissement est un véritable casse tête auquel nous sommes confrontés ainsi que leur famille par manque de places et d’établissements pour les adultes handicapés.

Les associations gestionnaires d’établissements spécialisés s’inquiètent des contraintes budgétaires qui leur sont imposées et des pressions qu’elles subissent pour transférer les enfants qu’elles accueillent vers les écoles et collèges ordinaires où ils seront privés de tout ce que la structure spécialisée peut leur offrir.

La France a besoin d’ouvrir des établissements pour accueillir et soigner ; je m’étonne de voir que les réponses à la détresse de nombreux parents sont la création de plateformes sensées répondre à des besoins avec pour conséquences des fermetures de postes dans les structures qui deviendront des centres de diagnostique sous prétexte que l’école « inclusive » serait la seule bonne réponse pour les enfants en situation de handicap.

  Concernant le handicap, là non plus nous ne sommes pas tous égaux. C’est un paradoxe que d’affirmer la singularité des situations de handicap et des besoins particuliers pour refuser qu’elle nécessite une pluralité de réponses !  Il faut scolariser les enfants pour qui une scolarisation est possible ; il faut pouvoir adapter les temps et les modes de scolarisation. C’est ce système que nous devons garder et améliorer. Dans les Hôpitaux de jours et dans les IME, les enseignants doivent pouvoir continuer à enseigner même si il peut y avoir des classes spécialisées ouvertes dans des établissements pour les enfants qui supportent la collectivité. Le rapport du défenseur des droits a lui-même rappelé que « scolariser tous les enfants handicapés dans des classes ordinaires pouvait constituer une forme de maltraitance ». une école inclusive veut dire une école pour tous les enfants qui en ont été exclus mais cela ne concerne pas le seul handicap et tous les enfants en situation de handicap et leur famille ne souhaitent pas forcement une scolarisation en milieu ordinaire.

  Pour conclure mon propos,

Je reprendrai ici les propos de Paul Devin Secrétaire général du SNPI-FSU :

« L’orientation d’une politique engageant la suppression des établissements ne repose pas sur une prise en compte objective des besoins réels. De ce fait, elle est gravement irraisonnable et irresponsable. L’opposition exprimée par la rapporteuse de l’ONU entre des personnes handicapées « objets des soins plutôt que « sujets de droits » est inacceptable tant l’accès aux droits va de pair avec le droit aux soins ! Une véritable politique inclusive en la matière aurait été de lutter contre les filiarisations excessives de la scolarisation en établissement spécialisé plutôt que de décréter idéologiquement que l’établissement était ségrégatif sans interroger la réalité des besoins des enfants ».

En tant qu’enseignante et citoyenne, je vous demande de nous rassurer sur la continuité des soins quant à la réforme de la psychiatrie, de renoncer à réduire les dépenses de santé publique qui ne conduisent qu’à des désastres et de protéger les personnes les plus fragiles pour qui une prise en charge sur le long terme est nécessaire et que l’état doit pérenniser.

En conséquence, je vous demande de ne pas valider la loi de financement de la sécurité sociale en l’état, et de revoir le projet afin que les personnes en situation de handicap puissent être prises en charge dans des structures avec du personnel qualifié et un effectif suffisamment nombreux pour assurer un accueil digne de ce nom.

Bien à vous