Compte-rendu d’une conférence de la députée Martine Wonner du 6 février 2020

Par le Fil conducteur Psy, association de familles, patients, professionnels. Martine Wonner est psychiatre et députée LREM du Bas Rhin. Elle a dirigé une « mission flash » en 2019, relative au financement de la psychiatrie. Elle a ensuite organisé un « tour de France » de conférences.

Conférence « la santé mentale et vous? » première étape de son Tour de France.

Son parcours :

Etudes à Strasbourg. A exercé comme psychiatre en structure hospitalière dans le Bas Rhin. A rejoint le groupe privé Générale de santé. A également dirigé deux ans le Samu social de Paris et exercé la psychiatrie de rue. En 2015, est devenue directrice médicale et directrice de développement dans une entreprise privée puis en 2016 députée LREM de la 4° circonscription de Strasbourg. Elle exerce actuellement son métier de psychiatre une demi-journée par semaine dans une institution.

A produit deux rapports (à la suite des grèves de 2018)

  • l’un sur le financement de la psychiatrie (mission flash, janvier 2019)
  • l’autre avec Caroline Fiat, députée FI de Meurthe et Moselle, sur l’organisation territoriale de la santé mentale (2019)

Est actuellement vice-présidente de la Commission des Affaires sociales et des Groupes d’Etudes « Lutte contre les addictions », « Pauvreté, précarité et sans abri ».

Evoque indirectement ses positions sur la psychanalyse en soulignant le surnombre des psychiatres à Strasbourg (souvent inspirés par la psychanalyse) exerçant en privé, auxquels elle a suggéré d’offrir un accueil accessible 2h par semaine. (Noter qu’elle a signé la violente pétition demandant l’interdiction de la psychanalyse pour exercice illégal de la médecine, pratique considérée comme une doctrine sectaire et obscurantiste, dans les universités, les hôpitaux et les tribunaux.)

Au cours de la conférence, elle évoque le partage de vues avec Frank Bellivier, délégué ministériel à la santé mentale. Elle signale également son intention de déposer un projet de loi d’où son tour de France, baptisé #WonnerTour par son assistant.

Ses propositions :

M.W. fait état du rapport qu’elle a cosigné avec Caroline Fiat (FI), rapport qui relève les problèmes de financement de la psychiatrie, les insuffisances de l’hôpital psychiatrique, et l’inadaptation du secteur aux besoins, en amont et en aval de l’hospitalisation à laquelle le patient arrive en général par les urgences, et donc sous contrainte.

Pour le financement, M.W. reprend à son compte le coût exorbitant de la santé mentale chiffré par Fondamental, qui y inclut les pertes de productivité, comme le pourcentage impressionnant des personnes concernées par les troubles psychiques soit une sur cinq. Le choix est ainsi fait de traiter le sujet de la politique de santé mentale plutôt que celui de la psychiatrie et d’assimiler les troubles dits sévères, autrement dit les psychoses, aux troubles dont chacun pourrait avoir à souffrir un jour ou l’autre.

Cependant pour son rapport parlementaire, elle a pu constater les conséquences du décrochage financier de l’hôpital par rapport à l’augmentation de l’ensemble des dépenses de santé. Elle a relevé l’état de délabrement de certains hôpitaux publics ainsi que le manque de lits, et les méfaits d’un accueil inadapté aux urgences où elle a vu des patients sous contention.

Actuellement, elle n’envisage plus de donner davantage de moyens à l’hôpital et dit avec insistance vouloir ne plus « financer les murs » mais l’offre de soins ambulatoires en développant les « synergies » entre les « offreurs de soin » sur les territoires de santé mentale (les PTSM). Ce quisuppose, selon elle, un diagnostic précoce et le repérage des signaux de faible intensité pour une prise en charge de santé mentale « en amont ».

Sa proposition n° 1 est : réaffirmer le libre choix et les droits du patient, à rapprocher de la proposition n°8, faire évoluer le secteur et de la 9, accélérer le virage ambulatoire, en redéployant 80% du personnel de l’hôpital psychiatrique sur l’ambulatoire.

 Verbatim : passer par l’hôpital n’est pas nécessaire, et pour ce qui est avant et après l’hôpital, les délais d’attente sont si longs qu’on doit pouvoir se tourner vers des acteurs privés, et construire un parcours de soin avec l’appui de coordonnateurs des soins qui orienteront vers les différents acteurs du sanitaire et du médico-social.

Le séjour en hôpital serait d’autant moins nécessaire que les « crises » seraient évitées grâce à la « prévention en santé mentale » et les « premiers recours » ou « secours » auxquels la population serait formée. Ce qui supposerait une « déstigmatisation de la psychiatrie » – proposition n°3 ! – et une prise en charge « communautaire » comme celle que M.W. a observée à Lille, et qui relève en fait d’une politique de secteur, secteur que M.W. veut « faire évoluer », par quoi il faut entendre « supprimer », au profit de « territoires de santé » et d’une offre dite « diversifiée et de qualité ».  On n’en est pas à un paradoxe près.

En attendant le meilleur des mondes de l’offre diversifiée de soins accessibles et de proximité – et de qualité, car ils relèveraient de certifications – M.W. propose d’unifier le mode de financement de l’hôpital public, actuellement sous dotation annuelle, et des cliniques privées, qui perçoivent des forfaits journaliers, en rapportant les financements à la population, d’une part, et d’autre part, aux indicateurs de qualité, à la réactivité, et au développement d’activités ou d’innovations.

 A noter que la dotation annuelle – notoirement insuffisante – des hôpitaux publics serait, selon M.W., un frein au virage ambulatoire et à l’innovation.

Quant aux propositions 4,5,6, qui concernent aussi l’organisation territoriale, elles ajoutent au millefeuille administratif, – par ailleurs critiqué -, une agence nationale et des coordonnateurs territoriaux pour la santé mentale.

La proposition 7, « soutenir et développer les CLSM pour faciliter la concertation entre tous les acteurs de proximité », serait tout à fait intéressante, si elle était conjuguée au soutien d’une politique de secteur !

Conclusion n°1 :

Quand il faudrait un véritable soutien au secteur que M.W. et le ministère considèrent comme une belle invention désormais caduque, on prépare une « organisation », « une véritable gradation des soins », sur « des territoires de santé » livrés aux « offreurs de soins ».

Ce qui n’est pas dit, c’est que cela correspond au projet de Fondamental qui consiste à trier et orienter les patients à partir d’une plateforme de diagnostic vers un parcours de soin, le soin consistant en prescription médicamenteuse essentiellement.

Des psychothérapies pourraient être indiquées, réduites à quelques séances. Voilà pourquoi M.W. envisage le remboursement des honoraires des psychologues.

Noter également que ces indications de parcours semblent peu compatibles avec le libre choix du patient, sinon pour « l’offreur de soins », du moins pour le type de traitement.

Conclusion n°2 :  le « virage ambulatoire » ainsi mené à son terme ne pourrait provoquer que plus d’abandon et d’errance quand il faudrait au contraire raffermir le lien entre le patient et une équipe soignante, avec toute la dimension d’une fonction contenante, et s’il le faut, hospitalière,  restauratrice du sujet.    

Noter que cette conférence a été organisée par l’association Schizo Espoir de Colmar, association née du programme Profamille dispensé par les infirmiers de Rouffach. Personne, dans ce public de bonne volonté et bien « formé » ne s’est donc inquiété du poids du « virage ambulatoire » sur les familles.